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Programme A

« Innovations et nouveaux modèles d’organisation »

par Dernière mise à jour - publié le , mis à jour le

Responsables :
N. Richez-Battesti et A. Vion

Liste des chercheurs participant au programme :
Emilie Bargues (chercheur associé), Franck Brulhart, Marie-Laure Buisson, Cécile Chanut-Guieu, Martine Gadille, Lise Gastaldi, Karine Guiderdoni-Jourdain, Caroline Lanciano, Ariel Mendez, Philippe Mossé, Hiroatsu Nohara, Ewan Oiry, Daniel Pardo, Amandine Pascal, Francesca Petrella, Nadine Richez-Battesti, Robert Tchobanian, Eric
Verdier, Antoine Vion.

Thèses en cours

  • Bardet, Manuela : Les réseaux sociaux des chefs d’entreprise au sein d’une organisation : les cas du pôle de compétitivité Mer, Sécurité et Sûreté, Développement Durable et du pôle Parfum, Arômes, Senteurs et Saveurs.
  • Bendaoud, Yacine : GRH et performances : processus d’appropriation d’un système de management par les compétences
  • Chauvin, Béatrice : Réseau bancaire alternatif et proximité : Quelle trajectoire organisationnelle pour la NEF ?
  • Fériel, Emilie : Rapport salarial, relation de service et rationalisation des modes de production : le cas des centres d’appels téléphoniques.
  • Gabriac, Jean-Marie : Les usages des TIC et les réseaux
  • Maisonnasse, Julien : Entreprises, territoires et Emploi : une application aux PRIDES en région PACA
  • Marival, Céline : Les nouveaux modes d’interactions entre associations d’action sociale et médico-sociale et les pouvoirs publics
  • Mattei, Catherine : Politiques publiques de lutte contre l’exclusion : construction de l’employabilité et offres institutionnelles. Le cas du RMI
  • Mebarki, Lamine : Communautés de pratique et performance dans les relations de service.
  • Métailler, Thibault : Innovation, Gestion des connaissances et des compétences. Le cas d’un pôle de compétitivité de la Région PACA.
  • Ngo Nyobé, Sara : L’innovation technologique dans une organisation paternaliste : Les conséquences de l’e-RH sur les fonctions respectives et les relations entre les professionnels RH et les managers.
  • Nkoudou, Adalbert : Nouvelles conceptions des projets d’innovation dans les PME du Logiciel et de Microélectronique
  • Sadik, Hanane : Facteurs de réussite d’un processus de partage des connaissances dans les organisations. Etude des industries textile-habillement marocaines.
  • Vial, Dominique : Institutionnalisation des territoires et action publique. Des initiatives régionales dans le champ emploi formation.



    Ce programme engage prioritairement les sciences de gestion, les sciences politiques, les sciences économiques et la sociologie des organisations. Il associe des chercheurs qui travaillent sur les transformations affectant les entreprises (des Très petites entreprises (TPE) aux firmes multinationales (FMN)), les organisations publiques (administrations, collectivités territoriales, agences), les organisations d’économie sociale et solidaire (mutuelles, coopératives, associations) et les organisations professionnelles (ordres, cabinets, études, associations professionnelles), en insistant sur la dimension foncièrement inter-organisationnelle de l’évolution des formes d’organisation du travail, et en interrogeant les formes de légitimation et la soutenabilité sociale de ces réorganisations. Ce programme se donne pour but de produire des avancées dans trois principaux champs de recherche : la théorie des organisations , la socio-économie et l’économie politique .
    Il entend concilier des approches d’économie institutionnelle centrées sur les normes avec des approches sociologiques de l’action collective, en insistant sur les dimensions cognitives de l’organisation et les questions de légitimité, qui sont au cœur des travaux du laboratoire depuis plusieurs années. Les élaborations théoriques de ces questions relatives aux représentations s’amorcent aujourd’hui àtravers plusieurs projets du programme (Know and Pol, ConsocPrix) et l’organisation d’un atelier du congrès de l’Association Française de Sciences Politiques en 2011 « Le pouvoir de la croyance. Le statut explicatif d’un concept problématique » . Il s’agit notamment de développer une méthode dynamique d’investigation sur les représentations et les référentiels.
    Plus généralement, le programme évaluera en quoi les innovations méthodologiques du laboratoire en analyse de réseaux, en analyse processuelle ou en design organisationnel éclairent d’un jour nouveau les critères déterminants d’un changement de « modèle de gouvernance » dans l’expérience sociale, et les formes sociales dans lesquelles ce changement prend sens. Analyser les changements de modèle sur des bases méthodologiques fortes permet d’interroger la soutenabilité des modèles d’organisation du travail et des modèles sociaux émergents.
    Trois vecteurs de réorganisation du travail seront particulièrement étudiés dans le cadre de ce programme : les nouvelles intermédiations et l’interpénétration des formes de management, la production et l’appropriation de connaissances nouvelles, et l’introduction de nouvelles technologies du travail.



    1. Nouvelles intermédiations et interpénétration des formes de management

    L’étude des transformations des systèmes d’éducation, de formation, de santé et de protection sociale, les comparaisons des formes de gouvernance territoriales, mettent en exergue l’interpénétration croissante des logiques d’organisation des acteurs publics et privés, de leurs formes d’évaluation et de leurs modes de légitimation. Notre originalité, grâce àla mise en commun de différentes traditions disciplinaires, est de saisir ensemble des dynamiques relevant de multiples processus : l’interpénétration des formes de management des organisations ; l’évolution concomitante de la standardisation de la qualification et des marchés ; la diversité de leur mise en oeuvre dans des contextes variés. La mise en relation de ces processus nous permet d’explorer les effets de la structuration des normes, en particulier au niveau international, et de leurs effets locaux, et de mieux comprendre la construction et les enjeux des diverses formes d’expertise et d’évaluation.

    Le travail de normalisation : processus et impacts

    Du point de vue de l’analyse des processus de normalisation, les travaux développés au sein des projets ESSQUAL et WEBSTAND permettent de mieux analyser les phénomènes d’interpénétration et leurs effets sur l’organisation du travail. Nous appréhendons ainsi l’organisation du travail de normalisation en lui-même, ainsi que les effets complexes des processus de normalisation sur les organisations. Le projet ESSQUAl sur l’économie sociale et solidaire fait état de mouvements contradictoires entre spécification et normalisation. Ils constituent des outils de différenciation ou des vecteurs d‘homogénéisation, selon la capacité des organisations às’approprier la normalisation plutôt qu’àla subir. Les travaux de WEBSTAND ont souligné de leur côté la très forte interpénétration des organisations publiques et privées dans les arènes de normalisation internationale, et identifié les stratégies de changement d’arène (forum shifting ) développées par les multinationales pour contrôler ces processus. Il en résulte une évolution des formes d’organisation du travail de normalisation dans la plupart des agences concernées. Un autre travail en cours sur les normes environnementales définies par le Comité européen de normalisation (CEN) insiste aussi sur la difficulté des organisations publiques àdéfendre leur autonomie et sur l’évolution des procédures de décision du CEN.
    Le projet ESSQUAL s’attache àanalyser en quoi l’émergence de nouveaux référentiels de qualité dans le champ de l’économie sociale affecte les modes de management des organisations, et particulièrement le management des ressources humaines, avec une plus forte imprégnation des formes d’organisation issues des entreprises privées, une évolution induite des compétences, et un développement conséquent des mobilités professionnelles du privé vers l’économie sociale et vice versa. De la même manière, le programme entend se donner pour tâche d’étudier en quoi l’adoption par le Comité de Bâle de nouvelles normes prudentielles en matière bancaire (normes Bâle 3) peut affecter l’organisation du travail des banques coopératives et mutualistes en les soumettant aux mêmes obligations que le secteur bancaire privé, et en accélérant du même coup les phénomènes d’isomorphisme entre les organisations de ces deux secteurs.
    La question que nous débattons plus largement est celle des impacts réels de la normalisation dans le contexte de la mondialisation sur l’évolution des secteurs de services. Un réseau franco-suisse est en cours de structuration sur ce point avec nos collègues de l’IEPI àLausanne, autour de 3 questions-clés : quels types de services sont les plus susceptibles de s’internationaliser et quels sont les acteurs qui sont moteurs en la matière (FMN, ONG, etc.) ? Quelles relations peut-on observer entre l’internationalisation des secteurs de services et leur environnement institutionnel ? Quel est le rôle des standards dans la production et l’usage des services ? Ces questions sont d’autant plus importantes que certains services sont généralement considérés comme des activités spécifiques àforte valeur ajoutée relationnelle difficilement caractérisées par les grilles d’analyse de la mondialisation de la production industrielle ou financière. Les chercheurs du programme, de par leur capacité àcomparer un large spectre de services (éducatifs, sanitaires et sociaux, informatiques, bancaires, call-centers, etc.) sont ici reconnus comme des partenaires de premier plan par les centres de recherche français et étrangers. Plusieurs thèses sont en cours sur ces questions (thèses E. Fériel, C. Marival, B. Chauvin).

    Entre public et privé : mutations des formes d’évaluation et de tarification

    Du point de vue de l’évaluation du travail et de la tarification des services, le programme s’attachera notamment àétudier les situations où les collectivités publiques interviennent àla fois sur l’offre (tarification, structuration du marché via par exemple des labels de qualité) et sur la demande (définition des besoins, plans d’aide), en particulier pour les hôpitaux et les services àla personne. Les différentes analyses qui se sont intéressées jusqu’ici àl’aide àdomicile, que ce soit sous l’angle de la qualité des services délivrés, ou àtravers la question de la professionnalisation des intervenant(e)s, ont généralement traité le tarif et le prix comme des éléments contingents. Dans le projet ANR ConsocPrix qui sera ànouveau soumis en 2011, nous examinons plutôt la question de la formation des prix dans l’aide àdomicile àtravers la manière selon laquelle cette formation s’opère concrètement, par quels dispositifs de négociation, de compromis ou de validation, mais aussi en analysant comment les schèmes cognitifs, les croyances et conventions interviennent dans le modelage du prix des interventions. Les compromis tarifaires sont centraux pour ces organisations. Le champ des « services àla personne » est intéressant en particulier au regard de l’interpénétration des formes de management qui se confirme dans un secteur en pleine expansion. En effet, soumises àune concurrence croissante de la part d’entreprises privées commerciales, les associations d’aide àdomicile traditionnelles développent des politiques de professionnalisation de leurs salarié(e)s et adhèrent dans ce but àune convention collective. De l’autre côté, les nouvelles entreprises de service doivent composer avec les instruments d’évaluation du travail et de régulation des tarifs définis par les collectivités. Il en résulte des phénomènes d’allers-retours dans les pratiques de management des activités de services commerciales et sociales (thèse J. Maisonnasse). Ce constat tempère l’idée très répandue selon laquelle les changements mimétiques ou normatifs s’opèreraient exclusivement du secteur privé commercial vers les organisations publiques ou sociales.
    Enfin, de manière articulée avec le programme B, le programme développe des recherches sur la rémunération qui s’attachent notamment àobserver comment les organisations publiques et parapubliques adoptent, s’approprient et légitiment les outils d’évaluation et de rémunération des compétences et des performances initialement développés dans les entreprises privées. Ces pratiques d’individualisation des rémunérations sont étroitement liées àla mise en place du management par objectifs et àl’instauration d’une culture de résultats, induits notamment par la promulgation de la LOLF. Ainsi, la mise en place de primes au mérite, la baisse de la part de la rémunération liée àl’ancienneté et la mise en place d’entretiens annuels d’évaluation, sont caractéristiques du passage d’une logique de moyens àune logique de résultats dans le secteur public. Cependant, l’adoption d’outils de GRH issus du privé par les organisations de service public, bien que reflétant une réelle quête de légitimité de « gestionnaire » par ces dernières, questionne la transférabilité des pratiques. En effet, l’implantation en interne de nouveaux outils de gestion ne se fait pas toujours sans heurt, et met en exergue l’importance de la construction de leur légitimité intra-organisationnelle. Il en va de même dans le secteur privé.

    Financiarisation et nouvelles intermédiations

    D’autres travaux se proposent d’analyser les formes particulières d’interdépendance qui lient les organisations de tous types aux organisations financières. Les premiers résultats d’une étude européenne menée par le LEST, l’IRISSO et l’OpeSC montrent la centralité des organisations financières dans l’espace transnational de la zone euro. La théorie du contrôle social des banques, issue du capitalisme financier, telle qu’elle a été développée par Hilferding (1970) et discutée par Mizruchi et Stearns (1994) , nous semble néanmoins trop sommaire et datée. Il faut en effet nuancer cette position de pouvoir en mobilisant une approche plus configurationnelle, telle que celle proposée par Nobert Elias (2008) . Le pouvoir n’est pas une relation unilatérale mais réciproque, même si cette relation est nécessairement asymétrique. Les résultats montrent une asymétrie des relations entre firmes financières et industrielles, les interdépendances se trouvant fortement liées aux impératifs de cohésion sociale territoriale. Nous comparerons ces modes de relation et de gouvernance aux différents étages du jeu financier pour explorer les diverses formes d’interdépendance qui se manifestent dans des champs multi-organisationnels. Plutôt que d’étudier, comme le font DiMaggio (1991) ou Scott (1995) , l’augmentation du degré d’interaction entre organisations, ou le développement des accords ou de la conscience mutuelle d’une entreprise commune, il s’agira ici de qualifier les formes d’interdépendance entre organisations et les problèmes de coordination multi-niveaux dans l’activité des organisations financières, en essayant d’explorer en quoi ces problèmes affectent l’organisation du travail dans ces entreprises.
    D’un point de vue théorique, les recherches de ce premier axe entrent en dialogue avec les perspectives dominantes en sociologie des organisations et sciences de gestion inspirées par le néo-institutionnalisme. Dans ce courant, les travaux sur la diffusion des normes de management sont nombreux, qu’il s’agisse de la diffusion des modèles de corporate governance (Venkatraman et al., 1994, Djelic & Sahlin-Andersson, 2006... ), des règles comptables (Eden et al., 2001 ; Djelic & Quack, 2008... ), des codes de rémunération (Point & Tyson, 2006 ), de l’action sociale (Marquis et al., 2007 ), ou de la responsabilité sociale (Kinderman, 2010 ). Notre apport àce courant est de réintégrer dans la réflexion les notions de contenus de travail et de qualité de service, ainsi que l’analyse en dynamique des modes de légitimation intra-organisationnelle des formes de management.



    2. La capitalisation des connaissances et ses effets d’habilitation

    L’analyse de la capitalisation des connaissances sera menée dans ce programme àpartir d’une réflexion sur les conditions de production et d’appropriation des connaissances dans les processus d’innovation et de réforme. Cette perspective offre un angle d’approche du changement social, technologique et institutionnel par une analyse approfondie des effets d’habilitation produits par ce travail de capitalisation. Par l’idée d’habilitation, nous entendons àla fois la dimension d’acquisition de compétences àtravers des apprentissages individuels et collectifs, et celle de mandat implicite ou explicite qui légitime les acteurs au cours des processus d’évaluation. Cette approche cognitive ouvre des perspectives critiques àl’égard des approches managériales centrées sur les ressources ou des travaux d’économie de l’innovation qui considèrent la connaissance a priori comme un bien disponible et échangeable sur un marché.

    Production de connaissances et régulations


    Dans le cadre du projet européen Know and Pol, nous analysons notamment les appareillages statistiques mobilisés (ou non) par les acteurs publics en amont et/ou àl’appui de leurs prises de positions et de leurs décisions dans les domaines de l’éducation et de la santé mentale. La critériologie définie par les organisations professionnelles ou les agences est inséparable des enjeux de régulation politique et de gouvernance des secteurs concernés (Gaudin, 2007 ). La fabrication des indicateurs, des cartes, des outils et nomenclatures de diagnostic, n’est pas un processus isolé doté d’une finalité unique, mais le produit d’un ensemble d’arbitrages àgéométrie variable, qui fait converger différentes logiques (de spécialité, de territoire, de branche, de filière d’offre - de formation, par exemple -, etc.), dont il faut analyser la combinatoire pour elle-même. Cette problématique sera centrée sur la mise en débat des politiques de la mesure (productions et usages des statistiques, recomposition dds )challes territoriales et conduite de l’action publique). Les travaux sur les instruments d’action publique ont parfois tendance àrabattre l’analyse de l’instrumentation sur une finalité donnée étudiée ex post àpartir de ses effets politiques les plus saillants. Nous souhaitons au contraire faire toute sa place àl’indétermination des processus, en réintégrant dans l’analyse nos acquis en matière d’analyse des processus et de sociologie des professions ainsi que tente de le faire le projet ANR PRELAT sur l’analyse du travail des élus régionaux.
    L’action publique régionale fait elle-même l’objet d’interrogations croisées sous différents angles : 1. Les formes institutionnelles (thèse de D. Vial), sous l’hypothèse que s’inventeraient (difficilement) de nouveaux espaces de coordination aptes àapprofondir le décloisonnement de l’action publique, par exemple en liant développement économique et politiques de formation. 2. Les instruments que sont les indicateurs, notamment statistiques : Comment ces « politiques de la mesure » (Desrosières, 2008) contribuent-elles àformater les débats et les orientations de l’action publique régionale ? Peut-on dire qu’émerge ainsi une nouvelle « science de la gouvernance » de l’action publique décentralisée ? 3. Les acteurs clés que sont les membres des exécutifs régionaux. Au travers de comparaisons interrégionales, on s’interroge sur la manière dont interagissent la régulation du « présidentialisme régional » et la structuration de l’administration pour dessiner des formes d’organisation originales autour de figures idéal-typiques d’élus de l’exécutif dont il est particulièrement intéressant d’analyser les activités de travail (Demazière et Le Lidec, 2008) : sont-ils des entrepreneurs de projets, militants d’une cause et/ou régulateurs de communautés professionnelles ? Au final, deux interrogations de synthèse structureront la réflexion dans les années àvenir : dans un environnement institutionnel incertain, la construction d’une institution régionale ne relèverait-elle pas d’un tâtonnement récurrent sous la forme de négociations (version forte) ou d’échanges d’informations (version faible) dans le cadre de tours de tables ouverts àdes acteurs diversifiés, souvent positionnés àdifférents niveaux de régulation de l’action publique ? N’en résulterait-il pas un ample investissement procédural, assez coûteux en terme de coordination et qui s’efforcerait de concilier des intérêts et des référents hétérogènes autour, notamment, de projets communs de développement régional ?
    Le projet ANR Prest-ence s’intéresse àla fabrique de la qualité académique (recherche et enseignement supérieur) dans un environnement institutionnel qui évolue fortement, notamment du fait de l’émergence et de la montée en puissance de nouvelles modalités d’évaluation. Par opposition aux dispositifs de jugement du « prestige », qui reposent sur des impressions diffuses circulant dans des réseaux mais ne pénètrent pas la matière des « boÎtes noires » qu’ils évaluent, les dispositifs de jugement de l’ « excellence » (par exemple les classements) s’équipent d’outils spécifiques, analytiques, supposés décontextualisés, qui en font des instruments de prédilection des nouvelles rationalisations de la gouvernance et du pilotage académique. Les recherches sur la qualité universitaire privilégient l’étude des incitations (ce que veulent faire ou font les « décideurs » en offrant ressources et contraintes aux acteurs) au détriment de l’étude du travail d’organisation des acteurs (ce que font les acteurs avec les ressources et les contraintes offertes par leurs divers environnements). Le projet Prest-ence entend au contraire analyser ce travail d’organisation dans des départements réputés (dans 3 disciplines : gestion, chimie, histoire, et dans 4 pays : France, Suisse, Italie, Etats-Unis). Ces départements sont appréhendés comme des « ordres locaux », arrangements organisationnels concrets affrontant au quotidien, dans des arènes diversifiées, les tensions entre objectifs et logiques d’action hétérogènes.
    Dans le même esprit, le projet ANR GEODD (Gouvernance des Entreprises, Organisations et Développement Durable) visera àidentifier, caractériser et modéliser les formes de résolution des paradoxes du développement durable au sein d’organisations caractérisées par une diversité des modes de gouvernance (petites entreprises, grandes firmes mondialisées, organisations de l’économie sociale et solidaire, ONGCe). L’étude de ces processus d’ajustement visera àfaire ressortir les formes d’outillage cognitif et les arbitrages opérés entre différents outils dans le cadre des réorganisations mises en œuvre.

    Capitalisation des connaissances et gouvernance régionale de l’innovation

    Du point de vue du partage des connaissances dans les processus d’innovation, le programme explore ici la notion de « gouvernance régionale de l’innovation » àpartir de l’analyse des processus d’apprentissages individuels et collectifs dans des tissus de PME et TPE positionnées sur des marchés très fugaces, au cœur de métier fragile, hautement expérientiel et qui sont constamment reconfigurés (Hatchuel, Le Masson, Weil, 2002 ). La notion de « gouvernance régionale de l’innovation » sera abordée selon deux orientations de l’action publique et de sa visée normative qui n’apparaissent pas souvent et explicitement mises en relation : celle de l’incitation àl’entreprenariat et àla création technologique, et celle de l’incitation àla responsabilité sociale et environnementale. Les travaux amorcés selon ces orientations, ambitionnent, àpartir de fondements interdisciplinaires, une remise en question de l’approche fondée sur les ressources (RBV) et les capacités dynamiques diffusée en sciences de gestion (Wernerfelt, 1984 ; Eisenhart & Martin, 2000 ; Teece, 2007...) . Par la mobilisation de la notion de « rapport au savoir », l’objectif est d’avancer vers une théorisation de l’« entreprise innovante » dans la société, permettant d’appréhender les moteurs de l’innovation (tant technologique que sociale) et du changement organisationnel (thèses T. Métailler, A. Nkoudou), quels que soit la structure, les stades de vie et les contextes sociétaux de ces organisations (Maurice, 1989 ; Alter, 2005 ; Escribá-Esteve et al., 2008) . Cette conception permet de repenser les catégories sociales et les schèmes cognitifs des acteurs publics et privés qui sont parties prenantes des reconfigurations, ainsi que les échecs ou réussites de leurs actions. La catégorie conceptuelle d’acteur selon ses dimensions individuelles et collectives reste fondamentale d’un point de vue théorique et méthodologique, dans la mesure où elle permet d’opérer une analyse dynamique de la recombinaison de connaissances individuelles et de leur validation collective sous forme de savoirs et d’organisation. A cet égard, le Projet « RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) et Connaissance des entreprises dans les PRIDES » , se propose de comparer différents contextes institutionnels et sociétaux de l’entrepreneuriat (France/Canada), dans le prolongement de travaux précédents.
    Dans ce cadre, il est important d’étudier àquelles conditions des acteurs plus ou moins fragiles peuvent tirer un bénéfice àmoyen terme de logiques de partage de connaissances. Une particularité du laboratoire est d’accompagner les acteurs dans ces processus, àtravers une réflexion approfondie sur la gestion des connaissances. Cette tradition d’intervention dans le partage des connaissances s’applique depuis peu àl’enjeu de conversion des compétences en contexte de mobilité positive. A travers le projet européen CIDESAL, coordonné par le laboratoire LPED, qui associe les sciences sociales et celles de l’ingénieur, il s’agit d’opérer un maillage effectif des diasporas scientifiques, àpartir de la création d’observatoires des migrations qualifiées d’Argentine, de Colombie et d’Uruguay. Ces observatoires doivent déboucher sur la création d’incubateurs de leurs diasporas d’ingénieurs, chercheurs et autres talents. Les incubateurs sont conçus comme des structures légères, partiellement virtuelles, regroupant ces dispositifs pour en faciliter l’accès aux expatriés et àleurs réseaux ainsi qu’aux détenteurs locaux de compétences appelés àcirculer tout en maintenant le lien. Ces observatoires seront un lieu privilégié d’observation de nouvelles logiques de partage des connaissances àtravers les migrations scientifiques. Sous l’angle des migrations, le projet intéresse aussi le programme B du laboratoire.

    3. Introduction de nouvelles technologies du travail dans les organisations

    Les recherches du programme relatives àl’introduction de nouvelles technologies du travail, notamment celles liées au web, contribuent àouvrir la boÎte noire des organisations. L’un des points forts concerne l’articulation entre les outils de gestion et l’organisation du travail comme décrypteur de la dynamique interne des organisations productives dans une perspective qui englobe différents types d’organisations (en termes de taille, de nature des droits de propriété, de secteurs d’activité). Les outils de gestion y sont analysés comme des constructions sociales qui sont le fruit d’une organisation sociale spécifique et qui, en retour, transforment cette organisation. Ils ne sont pas seulement vecteurs d’un processus de normalisation plus ou moins explicite, ils peuvent aussi exprimer des spécificités organisationnelles loin des processus d’isomorphisme le plus souvent évoqués. Cette articulation est particulièrement explorée du point de vue des politiques de GRH et de la combinaison d’outils formels et de pratiques informelles (thèses L. Mebarki, S. Ngo Nyobé, Y. Bendaoud).
    Dans cette orientation, les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont étudiées au regard des articulations et interactions entre leur conception, leur prescription par le management et leur appropriation par les utilisateurs, et ce dans des contextes organisationnels variés. Plusieurs recherches débutent dans cette optique, àpartir des acquis des recherches passées mais en élargissant la prise en compte des contextes économiques, organisationnels et sociaux dans lesquelles ces technologies sont appropriées dans les différents segments de l’appareil productif et par les différents acteurs concernés (thèse JM. Gabriac).
    Les recherches déjàmenées dans le cadre du LEST ont montré que le danger d’une « fracture numérique » pour les PME et TPE résidait souvent dans un repérage insuffisant par ces entreprises des enjeux économiques, cognitifs et sociaux sur lesquels lesTIC permettent d’agir. Des politiquespubliques àdiversniveaux (européen, national, et dans les collectivités territoriales) visent alors àfavoriser la migration des TPE et PME vers des organisations plus numérisées. Des points forts, intra et inter organisationnels, sont mis en avant dans ces politiques : le développement de supports àdes stratégies d’innovation et/ou d’affaires, mais aussi la mise en place de dispositifs intégratifs dans des chaÎnes de valeur pilotées par des entreprises donneuses d’ordres. L’implantation et l’appropriation des TIC dans les TPE et PME apparaissent ainsi comme un marqueur des trajectoires de ces dernières dans l’appareil productif et dans les recompositions et innovations qui le traversent. La recherche qui débute àl’été 2010 s’attache àanalyser, dans cinq secteurs d’activité en région PACA (industrie et services), l’expression et le repérage des besoins en TIC et de leurs usages réels, àl’interface des PME et TPE et des structures d’intermédiation/mutualisation comme les Pôles Régionaux d’Innovation et de Développement d’Economie Solidaires (PRIDES). Ces derniers sont des « clusters » regroupant au niveau régional des entreprises de différentes tailles impliquées dans des recompositions de chaÎnes de valeurs communes ainsi que des acteurs externes (recherche publique, consultants... ). L’analyse des stratégies d’accès aux TIC et àleurs usages est articulée àcelle des formes d’organisation industrielle dans lesquelles sont insérées les entreprises utilisatrices et conceptrices, ainsi qu’àl’examen du sens de leurs évolutions, tant en termes de diversification que de spécialisation dans des territoires donnés.
    Le rôle des TIC dans la coordination inter-organisationnelle des entreprises a déjàfait l’objet de recherches au LEST, notamment sur l’appropriation de dispositifs collaboratifs (collecticiel, groupware, outils numérisés d’intelligence collective... ). Il est nécessaire de comprendre pourquoi l’appropriation de ces dispositifs se trouve souvent en deçàdes attentes stratégiques de leurs promoteurs. Au-delàdes dimensions techniques (fonctionnalités des outils) et des postures sociales des utilisateurs (types d’usages réels, trajectoires d’appropriation, controverses entre les groupes professionnels), nous avons été conduits àtenir compte de dimensions plus organisationnelles (formes de leadership) ou gestionnaire (notamment les modes de GRH). Une recherche menée (àpartir de l’été 2010) en collaboration avec le CREGOR (coordinateur) et l’Université de Twente (Pays Bas) élargira cette perspective organisationnelle. Il s’agira d’analyser, en comparant diverses entreprises, le rôle que jouent la structure organisationnelle, les modalités de l’organisation du travail et les formes de la GRH dans l’utilisation réelle d’outils TIC d’intelligence collective.
    Le programme développera également des analyses relatives aux nouveaux dispositifs techniques d’extranet et de réseaux sociaux en entreprise (un partenariat avec Orange Lab est en construction).
    L’apport des connaissances produites dans cet axe de recherche intéresse autant des responsables de la mise en œuvre de schémas régionaux de l’innovation et de la société de l’information (qui subventionnent une des recherches), que des responsables d’entreprises ou de structures de coordination de groupement d’entreprises (ce qui est le cas d’une autre). Ces organismes sont amenés àréviser leurs stratégies en matière de diffusion et de support àla conception et àl’appropriation de TIC pour leurs entreprises et organisations adhérentes.
    Dans l’avenir, ce programme pourrait développer plus largement trois directions complémentaires. En premier lieu, il s’agirait de construire l’analyse des articulations entre outils de gestion et RSE (Responsabilité sociale des entreprises), qui suppose d’observer simultanément, voire de façon intégrée, des dynamiques de ressources humaines et des dynamiques de politiques environnementales. En second lieu, on proposerait d’observer les dynamiques de diffusion des outils de gestion entre territoires et entre firmes, pour poser les jalons d’une caractérisation des liens entre outils de gestion et processus de normalisation, àl’échelle nationale et internationale. En troisième lieu, on analyserait la construction des alliances et des partenariats, qu’elle s’opère sur des marchés ou sous l’égide des organisations, pour identifier leurs supports et les façons dont ils se diffusent.



    Opérations de recherche en voie de valorisation, en cours et envisagées (liste non exhaustive) :


    - ESSQUAL : « Economie Sociale et Solidaire et QUALité de l’emploi », responsables scientifiques : Francesca Petrella et Nadine Richez-Battesti, 2008-2010, Financement CR PACA et Caisse des Dépôts.

    - Pégase : « Gestion des connaissances dans les start-up et les ensembliers de l’aéronautique ». responsable scientifique : Martine Gadille, financement FEDER (Europe/Région), 2009-2010.

    - GEODD : « Gouvernance des Entreprises, Organisations et Développement Durable », projet ANR, coordination : Florence Palpacuer, ERFI, Université Montpellier 1, 2010-2014

    - Know&Pol : « The role of knowledge in the construction and regulation of health and education policy in Europe : convergences and specificities among nations and sectors ». Projet européen, Coordination : Université de Louvain La Neuve, B. Delvaux. Fin : septembre 2011.

    - Prestence : « Du PRESTige àl’excellENCE, la fabrique de la qualité académique. Comparaisons entre disciplines, établissements, pays » Projet ANR. Coordination LATTS, C. Paradeise. 2009-2013

    - RSE : « RSE et innovation dans les fondamentaux de gestion », responsable scientifique : Martine Gadille, financement FEDER (Europe/Région), octobre 2010/octobre 2012.

    - PRELAT « Les élus locaux au travail », Projet ANR, coordination : Didier Demazière, CSO, 2008-2011.

    - CIDESAL « Création d’Incubateurs des Diasporas du Savoir pour l’Amérique Latine ». Projet européen. Coordination : Jean-Baptiste Meyer, LPED, 2009-2012.

    - USE.ORG : « Usages des outils d’intelligence collective : le rôle des formes organisationnelles ». coordination : B. Fallery, CREGOR, Université Montpellier 2, financement : Fondation CIGREF, 2010-2011.

    - ConsocPrix : « La construction sociale des prix dans l’aide àdomicile : quelles interactions prix-coûts-tarifs ? », projet ANR, coordination : Florence Jany-Catrice, CLERSE, soumission en 2011.